André Dhôtel

Publié le par Aneth

1900-1991

Le Pays où l’on n’arrive jamais – Ed. Pierre Horay, 1955

Page 18 : « Ce qui l’enchantait, c’était le timbre des voix qui sonnait doucement dans la soirée. Il y avait la voix de basse du bedeau, la voix comme une chanson de la jeune boulangère, et bien d’autres encore, tantôt mélancoliques, tantôt joyeuses. »

Page 25 : « Elle restait fidèle à la règle qui voulait que Gaspard fût écarté lorsqu’une affaire de quelque importance se présentait, et c’était un pis-aller que de le cantonner au restaurant. Une fois de plus il serait éloigné de tout événement, et il ne saurait jamais d’où cet enfant venait, ni qui il était. »

Page 47 : « A peine Gaspard était-il venu à ses cueillettes pendant trois après-midi, qu’il eut la sensation que quelqu’un l’épiait. Lorsqu’on se met une telle idée en tête il est difficile de s’en débarrasser. A chaque instant Gaspard se tournait et il écoutait. Vers la fin de la semaine il entendit des bruits inaccoutumés sous les taillis. D’abord il crut que c’était quelque lièvre ou un renard ou bien encore un chevreuil. Cependant les bruits qui parvenaient à Gaspard, remuements de feuilles, éclatements de branche mortes, indiquaient des démarches peu précautionneuses. Le samedi il crut entendre une rumeur de galopade. Il courut au tournant du chemin, mais le chemin désert s’étendait à perte de vue sous les futaies. »

Page 53 : « Il passa dans des sous-bois marécageux où les herbes pâles et les campanules s’élevaient au milieu des ombres. Un autre bois était fait presque uniquement de peupliers morts, après quoi on découvrait une clairière emplie de fleurs rouges et de myosotis. C’est impossible de tout décrire. Comme on traversait des rocailles semées de bruyères, les fers du cheval lancèrent des étincelles et ce fut à ce moment que l’orage éclata. Un orage qui emplissait les trois quarts du ciel. Le vent s’élevait. Cette région de bruyères permettait de voir au loin le soleil qui au même moment brillait dans l’azur à l’horizon de la forêt. La lumière rasante faisait paraître d’un noir intense les nuées qui furent déchirées bientôt par cent autres lumières, lorsque les éclairs les parcoururent. Certains éclairs doubles ou triples fondaient au milieu des bruyères et une pluie cinglante tomba. »

Page 74 : « « Dans quel monde suis-je tombé ? songeait Gaspard. Moi, que ma tante vouait à la routine, j’ai été emporté par un cheval pie, envoyé ici par un coiffeur baroque, et voilà que je joue aux dames avec le fils d’un collectionneur de moustaches de chat, qui est immensément riche. En outre, le garçon veut m’emmener à Anvers, par quels moyens, mon Dieu ? » – Si vous ne savez pas jouer, cela ne fait rien dit Théodule. J’aime bien gagner. »

Page 105 : « Maître Sedagne utilisait pour préparer ses mets une énorme quantité d’ustensiles. Gaspard connut quel tourment c’était que d’extirper le moindre résidu de quinze ou vingt modèles de presse-purée et de moulins à viande et à légumes, tout pareils à des instruments de chirurgie. A leur propos, Maître Sedagne parlait, non pas de propreté, mais d’asepsie. »

Page 118 : « Une drôle de campagne. Des chênes, des bouleaux et en même temps des palmiers. Une forêt avec une clairière. Un peu plus loin on apercevait une mer bleue. Avant d’ouvrir le livre, j’ai été sûre que c’était une chose vraie. »

Page 128 : « Il se dirigea vers la plage et cacha sa ceinture dans le sable. A ce moment il se sentit tout à fait libre. Les lieux étaient déserts. Il se mit à courir devant les façades des villas. Il arriva à une allée entre les jardins. Il eut le soudain désir de s’y engager. Il ne pouvait être venu de si loin, sans voir cette ville étrangère. Dans la clarté de la lune il distinguait des buissons de fleurs et des arbrisseaux. Il parvint à une avenue qui allait vers le port. Au bout de l’avenue, une place avec des magasins fermés. Il aperçut un policeman casqué de blanc qui traversait la place. Il rebroussa chemin, obliqua dans une rue vers la campagne. Au-delà des maisons s’élevaient des collines baignées de lumière. Des arbres sur les collines, mais alentour une terre assez aride. Il arracha une tige d’herbe-sèche et la fourra dans sa poche. Il respira longuement. Il revint sur la plage. »

Page 132 : « Gaspard se mit à marcher. Il suivit une rue qui le mena dans la campagne et sans se rendre compte il parcourut une assez longue distance. Des larmes coulaient de ses yeux jusque sur ses épaules nues. Il s’était finalement engagé dans un sentier qui aboutissait à une impasse formée par des rochers. Au-dessus des rochers il y avait un bois de pins. Ces pins étaient tous morts. Ils prenaient dans la clarté de la lune des dimensions énormes. Un grand oiseau de nuit monta au-dessus de leurs branches dépouillées. Gaspard se jeta à genoux. »

Page 147 : « Gaspard fut étonné par ce dénouement. Il n’avait rien à répondre. Il comprenait qu’on avait cherché à tromper Hélène et à le tromper pour les ramener l’un et l’autre à la routine ordinaire. On ne leur avait même pas permis de se revoir. »

Page 149 : « Il aperçut tout près de sa main le verrou de cuivre de la portière. Près de ce verrou, la plaque d’émail avec la phrase habituelle qui recommande aux enfants de ne pas jouer avec la serrure. Gaspard fut saisi d’un élan soudain. Après avoir regardé si aucun obstacle ne l’empêchait, il ouvrit la portière et sauta à contre-voie. »

Page 157 : « Les conseils de Niklaas, Gaspard n’était pas près de les suivre, bien qu’il fût considérablement étonné, ainsi que Ludovic et Jérôme, par la richesse de la cité et des campagnes qui se déroulaient à leurs pieds. Il avait bien trop d’impatience et devait s’attendre à de nouvelles péripéties. »

Page 160 : « Sans même le savoir, il avait la conviction que tout ce qui ferait sa vie lui serait donné par la forêt. Il y a dans les bois une grande paix fraternelle. La nuit, dans les ténèbres, on y perçoit plus de choses que pendant le jour, car les moindres bruits ont une portée considérable. Les garçons s’arrêtèrent pour écouter des froissements légers de feuilles mortes au passage du gibier qui gagnait les lisières. Puis il y eut une bousculade assez brutale dans le lointain.  – Un sanglier, murmura Gaspard. »

Page 173 : « Gaspard ne doutait pas qu’Emmanuel Residore ne fût complètement fou, mais depuis le temps de Lominval il avait appris que l’originalité est la règle en ce monde, et qu’il faut avant tout ne pas contrarier les bonnes dispositions des gens que l’on rencontre. »

Page 182 : « Ne suis-je pas un inventeur ? Et inventer, ne signifie-t-il pas découvrir ? Le latin non plus que le turc, l’arabe et le patois bêche de mer n’a de secrets pour moi. Ma profession m’oblige à connaître toutes les civilisations. N’ai-je pas, pour un film d’amour hellénique, reconstitué tout le palais de Cnossos en ciment, alors que l’original était simplement en bois, n’ai-je pas rétabli dans leurs fastes magiques et redécouvert tous les cousinages des rois de Crète ? »

Page 183 : « M. Residore tira de sa poche une lettre avec tant de vivacité qu’il sembla l’avoir saisie au vol comme elle passait dans l’air : »

Page 193 : « A vrai dire les masques, malgré leurs regards troués et leurs mâchoires d’animaux, avaient une beauté singulière. L’effroi le pénétrait, mais il se dit qu’il devait les regarder bien en face. Il y avait aussi des figures de pierre et de marbre étrangement paisibles. Gaspard découvrit une tête immense enveloppée d’une chevelure de paille et qui avait des yeux comme des rubis et la bouche grande ouverte. Il se contint et regarda la grande figure. Au milieu de la bouche il y avait un bouton de porte. Doucement, malgré sa crainte, il le saisit et un vantail s’ouvrit sur un vaste palier qui devait appartenir à l’escalier central. Gaspard respira. »

Page 212 : « A mesure que l’on poursuivait le repas, il devenait évident pour chacun qu’il fallait reprendre la vie ordinaire. Mais on ne pensait ni au travail ni aux sermons de Niklaas. On était saisi par l’air vif du mois de septembre. Il y avait dans cet air et dans cette forêt quelque chose de brutal qui ravivait l’ardeur de la vie. Jamais on n’oublierait. En regardant cette belle vallée, on a le loisir de songer que la terre entière c’est le grand pays, mais cela ne nous satisfait pas complètement. On se dit qu’il faut rendre la terre encore plus belle, par le bonheur des hommes et par les histoires que l’on reprend inlassablement. Il semble que la vie restera toujours inachevée. Mais on demande une chance supplémentaire. »

Page 237 : « Ils devaient se cramponner à leur banc de toutes leurs forces. A peine s’ils prenaient garde aux régions qui furent ainsi traversées. Bruyères, genêts, hautes futaies, taillis se succédaient. Deux heures passèrent ainsi. Le cheval prenait des chemins à tout hasard, montait sur des crêtes, redescendait dans des vallons obscurs. – Il est fou, murmurait Niklaas. »

L’enfant qui disait n’importe quoi – Ed. Gallimard Jeunesse, 1998 (première édition : 1968)

Page 12 : « Ces lieux étaient livrés à un désordre magnifique. »

Page 13 : « Alexis lisait les signes à la surface des eaux comme sur la terre des sentiers dans les bois. Le remous d’une truite, la fuite étoilée des alevins devant le brochet, les bulles qui montaient de la vase, l’ombre des poissons le long des roseaux, c’était pour lui une parole vivante aussi bien que la plus fine empreinte dans la poussière et les coulées sous les épines. »

Page 30 : « "Il est encore un peu sauvage, mais il se fera vite aux façons du monde, soyez-en sûrs." Ces gens donc étaient sûrs de ce qu’ils disaient. Ils voyaient les situations dans une clarté totale. Comme s’il était question de simple sauvagerie ! Comme si les choses de la vie pouvaient se dire aussi crûment. Comme s’il n’y avait pas les frémissements des graminées ou des frondaisons, le chant des pas sur les feuilles mortes et ces lumières inconnues, parfois terribles, dans le ciel ou dans les yeux des martres, des renards ou des belettes. Alexis prononça à voix très basse une série de mots barbares pour savourer son humeur méchante. »

Page 32 : « Sur une étagère s’alignaient des livres. Sous le lit il y avait des tiroirs où ranger les jeux. Bref, tout l’espace était utilisé de façon rationnelle. Pas de trou, pas d’endroit où se cacher. Chez M. Grégoire, le lit d’Alexis était un monument où l’on grimpait à l’aide d’une chaise, et les livres, les ustensiles de pêche, la carabine se perdaient dans des régions diverses, où l’on pouvait aller méditer, s’il vous prenait envie. »

Page 50 : « On voyait quelques rosiers, des lilas, des tamaris étouffés par d’immenses chardons. Au-delà du jardin se dressait une énorme bâtisse. – Il y a de l’eau par là-bas, dit Alexis. C’est peut-être un ancien moulin. »

Page 54 : « S’il aimait jouer de petites comédies fabuleuses avec ses amis, il ne pensait pas que cela pouvait aller très loin. Mais en la circonstance il se sentit soudain envahi par un charme angoissant. Il consentit à reconnaître que bien des choses dans ce moulin étaient troublantes. »

Page 62 : « Apprenez que vous ne trouverez ici rien d’autre qu’un secret de ce monde et pourtant, si vous voulez bien y prêter attention, vous comprendrez que c’est aussi une affaire comme dans les contes. »

Page 76 : « Tu peux te moquer, mais je vais t’en parler de sa façon de regarder. Figure-toi, c’est un regard instantané et malgré cela son regard change. D’abord comme celui d’un tireur qui vise avec soin, à la fois aigu et patient. Et puis il s’agrandit son regard et il y passe une grande douceur. Enfin il devient tout lumineux comme celui de quelqu’un qui a compris et qui peut comprendre n’importe quoi. C’est plus vrai que tout ce que j’ai jamais vu dans la campagne ou dans les yeux des bêtes ou dans le ciel. »

Page 89 : « Au lieu de suivre le chemin qui revenait vers la ville, il entra dans les bois, où il marcha au hasard. Il lui semblait que tout se brouillait. Aucun moyen de savoir ce que les gens pensaient au juste. Pourquoi cette vieille demoiselle l’accueillait-elle un jour pour le mettre à la porte le lendemain ? Pourquoi ses camarades lui retiraient-ils soudain toute la confiance qu’ils lui avaient donnée ? »

Page 103 : « Il demeura à peu près immobile du matin jusqu’au soir à regarder les libellules, les hydromètres et parfois le vol d’un canard, d’un héron ou des oiseaux de proie dans le lointain du ciel. »

Page 105 : « Mais quand la mule eut avancé de cent pas dans la bonne direction avec une bonne volonté tout à fait louable, de nouveau elle se retourna et cette fois elle partit à un train d’enfer. […] Alexis et Placide, d’abord déconfits, estimèrent finalement que c’était un exploit magnifique. "Raulois, Valmarie, Hodeïdah !" »

Page 108 : « Les moindres choses lui étaient précieuses comme autrefois : les feuilles mortes, les racines, les cailloux, ce brin d’herbe perdu. Il aimait appuyer sa tête sur le tronc des arbres et tenir dans ses mains les rameaux des arbustes qu’il reconnaissait rien qu’à les toucher, charmilles raides, noisetiers flexibles, cornouillers touffus, maigres bourdaines. Il contemplait les lumières et elles lui paraissaient plus vives que jamais : la lumière sombre des hauts taillis, filtrant comme à travers des vitraux, l’éclairage bleu des pins dans des perspectives de ville souterraine et sans fin, l’éclat des futaies qui était d’un autre monde avec ses abeilles sauvages et ses tourterelles. »

Page 115 : « Il avait beau se défendre de ces surprises, il ne cessait de sursauter pour des riens. Ce n’était pas de la crainte, mais comme une extrême vigilance, qui ne concernait pas les hôtes de la forêt mais toujours il ne savait quelle présence insolite. »

Page 120 : « Pourquoi ne t’es-tu pas informée d’abord dans le village ? – Je voulais connaître le Raulois, pour m’amuser. – Pour t’amuser ? – Je rêvais de te rencontrer dans les bois. – Ce n’est pas un rêve […] »

L’Ile de la Croix d’Or – Ed. Gallimard 1991 (Ed. originale 1978)

 

Page 11 : « Il ne cherchait pas à s’instruire, mais à déchiffrer n’importe quels mots pour les faire courir l’un derrière l’autre. »

 

Page 13 : « En classe il suivait le vol d’une mouche, et bientôt c’était le ciel dans la fenêtre, et dans le ciel une mouette égarée qui disparaissait derrière un mur, et sur le mur il y avait une ortie, il y avait une abeille, puis bientôt se glissait au ras de la fenêtre le haut de la tête d’un passant. "Qui est-ce ? Il a des cheveux blancs. Où va-t-il ? Chercher ses moutons ?" » 

 

Page 36 : « Il ne pouvait deviner que d’inexplicables aventures ne tarderaient pas à se déclencher au moment même où sa vie s’ouvrait à de grandes espérances. »

 

Page 44 : « ll n’y avait pas de vraie route dans son île et ce fut pour lui un enchantement de découvrir cette longue bande qui allait vers la montagne. On était au mois de mars. Sur les bas-côtés herbeux fleurissaient les anémones bleues et rouges. La joie du printemps lui comblait le cœur, mais aussi une sorte de désespoir inconnu qu’il ne comprenait pas.»  

 

Page 47 : « Lorsque Iorgos s’était levé tout à l’heure en un sursaut, il avait envoyé promener cette fichue trousse qui avait sauté dans le sac ouvert de Iannis. Un hasard peu commun avait joué, auquel on ne voulait pas croire, bien entendu. »

 

Page 60 : « Iannis je te chasserai. Non, je ne te chasserai pas. Je te remettrai dans le droit chemin par une discipline exemplaire qui te fera grincer des dents. »

 

Page 63 : « Iannis s’étendit derrière un petit mur, pour se reposer un peu, après quoi il redescendit la colline enivré et il éprouvait maintenant un immense désir d’aller très loin. »

 

Page 65 : « A voir ces fleurs, il éprouva une joie incroyable. Ici, c’était un vrai paradis, et les fleurs savaient comme le ciel bleu que jamais il n’avait volé, que jamais il ne reviendrait vers ces gens qui l’accusaient et le jugeaient. »

 

Page 69 : « S’il lui fallait accepter d’être considéré faussement comme un voleur, il se refusait d’autant plus à dérober la moindre chose. Il s’enfuit au travers d’un terrain vague semé de thym. Il pleura de faim et de rage. Mais à mesure qu’il comprenait les difficultés de sa situation, il n’en désirait que plus vivement partir pour toujours. »

 

Page 97 : « – Prends ce billet. Une jeune fille me l’a donné. Je ne veux pas le garder. Elle avait des cheveux comme Photini. – Pour une image, tu donnerais tout ce que tu possèdes, dit Loukia. – Je ne sais pas. Tu es mon amie. Je serais heureux que tu aies le billet. »

 

Page 120 : « Sur chaque corolle blanche, il y avait un trait brun, mais la blancheur en semblait d’autant plus vive. Est-ce qu’une fleur d’asphodèle peut représenter une jeune fille, mais quelle jeune fille ? »

 

Page 124 : « Une chouette se tenait en haut d’une colonne. – Peut-être elle va te raconter quelque chose, dit Auguste à Iannis. – Ça ne débite que des crottes ces oiseaux-là, prétendait Gaétan. – L’oiseau de Minerve, de Pallas Athéné, monsieur, ripostait Léon. La chouette s’envola et se perdit au milieu des buissons, et bientôt on entendit son cri dans le lointain à plusieurs reprises. »

 

Page 129 : «  Pardonner ! Ce fut ce mot qu’il entendit d’ailleurs prononcer par l’un des campeurs, qui soudain révolta Iannis. Qu’avait-il fait de mal ? Les accusations portées contre lui étaient absolument fausses. Il ne pouvait céder, au mépris de toute justice. Il lui semblait nécessaire de se sauver une fois encore plutôt que d’accepter de vivre dans le mensonge. »

 

Page 151 : « Iannis n’était pas tellement étonné que les choses tournent de cette façon. Il devait s’habituer à être pris pour une crapule. »

 

Page 208 : « – Il n’est pas question de songer à se noyer par amour ni pour toute autre raison d’ailleurs. Si tu pars en mer tu dois me promettre de batailler contre les vents, et de te réfugier avec sagesse dans la première île venue. Il ne manque pas d’îles sur ton parcours de Nafplio à Chryssonissi. Je ne veux pas avoir l’occasion de conter à Photini qu’un gentleman s’est montré assez incorrect pour aller au fond de la mer rien que pour ses beaux yeux. Au contraire je tiens à lui assurer que tu sauras vivre dans la plus noble simplicité et que tu lui adresseras bientôt de l’autre côté des flots tes salutations les meilleures. »

 

Page 231 : « Ce jour-là les vagues montant contre la falaise formaient des gerbes magnifiques. Il baissa les yeux afin de retrouver tous les détails de cette retraite qu’il aimait : les fleurs devant les deux rochers et plus loin dans les embruns ces autres fleurs violettes toujours immuables. Mais il ne voulut pas rester là à rêver. D’ailleurs la faim le tenaillait. Il se tourna brusquement. Sur le terre-plein, à une dizaine de pas, au milieu de ces marguerites au cœur orange, une fille était étendue. »