Helen Fielding

Publié le par Aneth

Helen Fielding

Bridget Jones's Diary (1996) - Ed. Albin Michel 1998 - traduction d'Arlette Stroumza

Page 25 : " Une vraie bénédiction, cette indifférence royale aux problèmes de poids. Perpetua se moque éperdument de ressembler à une Renault Espace. Combien d'heures, de mois, d'années, ai-je passées à me morfondre sur kilos en trop pendant que Perpetua chinait chez les brocanteurs pour dénicher un pied de lampe en forme de chat ? Mais P. se prive d'une source de bonheur. Enquêtes le prouvent : le bonheur ce n'est ni l'amour, ni la richesse, ni le pouvoir. Le bonheur, c'est la poursuite d'objectifs réalisables : un régime, qu'est-ce que c'est d'autre ? "

Page 56 : " Et si mes parents souffraient d'une overdose de sitcoms ? Cette histoire de déjeuner est peut-être une mauvaise plaisanterie. Maman va peut-être se pointer avec un saumon frétillant au bout de sa laisse et m'annoncer qu'elle quitte papa pour lui. Papa fera peut-être son apparition par la fenêtre, tête en bas, avec un nez de clown, entrera en cassant les vitres et se mettra à taper sur la tête de maman avec une vessie de mouton ; à moins qu'il ne sorte tout d'un coup de l'armoire et ne tombe en avant, de tout son long, un couteau en plastique planté dans le dos ? "

Page 156 : " Trente secondes après l'arrivée des techniciens, il y avait déjà deux verres de vin renversés sur le tapis. Heureusement, c'est le genre de choses dont je me fiche un peu. Mais, quand un des types, chancelant sous le poids d'un gigantesque projecteur équipé de clapets a d'abord braillé "Chaud devant" et, ensuite : "Trevor, où qu'j'te mets la brute?", qu'il a perdu l'équilibre, que son projecteur est entré dans l'armoire de la cuisine par la porte vitrée et qu'il a fait tomber une bouteille ouverte d'huile d'olive extra-vierge sur mon livre de cuisine du River Café, j'ai compris mon erreur."

Page 181 : " – Bonjour, ma chérie ! Tu ne devineras jamais ! – Une minute, maman, je te prends dans l'autre pièce. Ne quitte pas. En surveillant Daniel d'un oeil inquiet, j'ai débranché la prise du téléphone, rampé jusqu'au living où je l'ai rebranchée. Ma mère n'avait même pas remarqué mes deux minutes d'absence. – ... et voilà ! Qu'est-ce que tu en dis, ma chérie ? – Je ne sais pas, maman, je t'avais dit que je débranchais le téléphone un instant, et... – Ah. Tu n'as rien entendu alors ? – Non. Il y a eu un silence. – Bonjour ma chérie ! Tu ne devineras jamais ! Parfois, je considère que ma mère fait partie du monde moderne, mais il m'arrive de penser qu'elle appartient à une autre planète. Par exemple quand elle laisse sur mon répondeur, à haute et intelligible voix, un message qui dit seulement : "Ici la mère de Bridget Jones." "

Page 232 : " – Maman, je ne vais pas aller jusqu'à Huntingdon pour fêter les noces de rubis de deux personnes à qui j'ai adressé la parole trente secondes dans ma vie sous prétexte de me jeter à la tête d'un riche divorcé qui me trouve originale. – Tu dis des bêtises, ma chérie ! – Il faut que je file, ai-je répliqué sans réfléchir, car, évidemment ça n'a servi à rien. Comme d'habitude, elle s'est lancée dans un bavardage éperdu, comme si j'étais dans le couloir de la mort et que c'était notre dernière conversation téléphonique avant l'injection létale. "

Page 271 : " "Ils sont jeunes, ambitieux, riches, mais leur existence dorée dissimule une douloureuse solitude... Lorsqu'ils sortent du bureau, c'est pour affronter un vide affectif abyssal... Ces individualistes farouches, obsédés par leur image, n'ont plus alors qu'à chercher une consolation dans des plats tout préparés du genre de ceux que leur cuisinait leur mère..." Quel culot ! Mais qu'est-ce qu'elle en sait, madame la journaliste de vingt-deux ans Mariée-Fière-de-l'Être ? Je vais écrire un article fondé sur "des dizaines de conversations" avec des femmes Mariées-Fières-de-l'Être. " Lorsqu'elles sortent du bureau, elles éclatent en sanglots, parce que, bien que épuisées, il faut qu'elles épluchent les pommes de terre et remplissent la machine à laver pendant que leurs maris ventripotents et satisfaits se vautrent devant le foot en réclamant des cacahuètes. Parfois, il arrive qu'elles craquent, et se jettent en guenilles au fin fond de l'abîme parce que leurs maris ont téléphoné une fois de plus pour dire qu'ils travailleraient tard ce soir, et qu'elles ont entendu, en bruit de fond, des crissements de cuir et des petits rires bêtes." "

Bridget Jones : The edge of reason, paru en 1999 - Ed. Albin Michel 2000, traduction anonyme.

Page 13 : " C'était ma mère, rentrant dans mon café, quel culot ! en jupe plissée et blazer vert pomme à boutons dorés, comme un astronaute qui se pointerait à la Chambre des communes dégoulinant de boue pour s'asseoir tranquillement au premier rang. – Bonjour, ma chérie, roucoule-t-elle. J'allais justement chez Debenhams et je sais que tu viens toujours ici pour ton petit déjeuner. Je me suis dit que j'allais passer pour voir quand tu veux faire définir ta palette de couleurs. Ooh, je prendrais bien un café. Tu crois qu'ils peuvent servir du lait chaud ? – Maman, je t'ai déjà dit que je ne veux pas d'analyse de couleurs, ai-je bredouillé, écarlate. "

Page 63 : " – Ce qui compte, c'est de voter pour des principes, pas pour des détails de pourcentages et de cheveux coupés en quatre. Et il est tout à fait évident que les travaillistes défendent le partage, la générosité, les homosexuels, les mères célibataires et Nelson Mandela par opposition aux autocrates braillards qui couchent à droite, à gauche et au centre, et qui vont se pavaner au Ritz à Paris pour ensuite donner des leçons à tous les présentateurs de Today. "

Page 124 : " J'ai les cheveux comme une affreuse perruque avec une frange hideusement courte. Viens de passer quarante-cinq minutes à me regarder dans la glace en haussant les sourcils pour essayer de faire paraître ma frange plus longue, mais ne peux passer toute la soirée de demain à ressembler à Roger Moore au moment où le traître au chat essaie de le faire sauter en même temps que le reste du monde et la petite caisse pleine d'ordinateurs M15 super-précieux. "

Page 223 : " Au bout de quarante-cinq minutes d'opérations genre guerre du Golfe pour les descendre, en plus du landau et des sacs, nous sommes arrivés aux balançoires. [...] Malheureusement, je ne sais pourquoi, en arrivant à la porte d'entrée, Harry s'est mis à éternuer et un énorme projectile filamenteux de morve verdâtre s'est envolé dans les airs pour retomber sur son visage comme dans un film d'épouvante. Là-dessus, Constance a eu un haut-le-coeur et m'a vomi dans les cheveux, tandis que le bébé se mettait à hurler, ce qui a fait pleurer les deux autres. Tentant désespérément de calmer le jeu, je me suis baissée pour essuyer la morve d'Harry et je lui ai recollé la tétine dans la bouche en entonnant une version apaisante de Je t'aimerai toujours. L'espace d'une miraculeuse seconde, silence. Enthousiasmée par mes talents maternels innés, je me suis lancée dans le deuxième couplet, avec un sourire radieux à l'intention d'Harry, qui a brusquement sorti sa tétine de sa bouche et l'a fourrée dans la mienne. "

Page 262 : "Problèmes Trou dans mur appartement. Finances dans le rouge à cause du deuxième emprunt pour avoir un trou dans le mur. Jules qui sort avec Autre Femme. Ne parle plus à ma meilleure copine parce qu'elle part en vacances avec mon jules et l'Autre Femme. Boulot nul mais nécessaire en raison du deuxième emprunt contracté pour trou dans le mur. J'ai grand besoin de vacances à cause de problèmes avec jules / amies / trou dans le mur / crises professionnelle et financière, mais personne avec qui partir en vacances. [...] En plus, pas d'argent pour partir en vacances à cause de crise financière et trou dans le mur."

Page 296 : " En passant devant le miroir, je me suis aperçue. Je n'avais jamais vu de créature plus belle et plus fascinante de ma vie. Shaz prétend que pendant les quarante minutes qui ont suivi, j'ai essayé de lui remonter le moral mais sans cesser de me regarder dans le miroir, prenant des poses et la suppliant de m'admirer. Pendant ce temps, elle vivait un traumatisme absolu, persuadée que son visage et son corps étaient devenus irrémédiablement difformes. Je suis allée lui chercher à manger et je suis revenue avec une banane et un Bloody Mary, je lui ai raconté que la serveuse du restaurant avait un abat-jour sur la tête, avant de me replonger, fascinée, dans ma propre contemplation devant le miroir. A la suite de quoi, selon Shaz, je suis restée allongée sur la plage pendant deux heures et demie à observer mon chapeau militaire en agitant doucement les doigts pendant qu'elle envisageait le suicide. La seule chose que je me rappelle, c'est que je vivais l'instant le plus heureux de ma vie, sûre d'avoir compris les lois profondes et permanentes de l'existence, que tout ce qui comptait était d'entrer en état d'Influx - comme indiqué dans Intelligence affective - et de suivre les lois zen. Puis, tout d'un coup, c'est comme si on avait appuyé sur un interrupteur. Je suis rentrée dans la hutte et, au lieu de la radieuse incarnation féminine du Bouddha, il n'y avait dans le miroir que ma propre image, rouge comme une tomate, le visage en sueur, les cheveux collés sur un côté de la tête, hérissés de l'autre, tandis que Shaz, sur le lit, me regardait avec l'expression d'un meurtrier fou. Suis t. triste et j'ai honte de ma conduite, mais ce n'était pas moi, c'était les champignons."

Page 365 : " Maintenant, chaque matin à mon réveil, je me découvre de la graisse dans de nouveaux endroits bizarres et effrayants. Je ne serais pas du tout surprise de trouver un fanon genre pâte à pizza suspendu entre mon oreille et mon épaule, ou arrondi sur le côté des genoux, oscillant légèrement dans la brise comme une oreille d'éléphant. "

Page 408 : " Viens de retrouver une carte que j'ai oublié de poster. Voyons ce qu'elle dit : Joyeux Noël à mon cher, mon très cher Ken. J'ai beaucoup apprécié ta gentillesse cette année. Tu es quelqu'un de merveilleux, si fort, si lucide et si bon en arithmétique. Même si nous avons eu des hauts et des bas, il est très important de ne pas garder rancune si on veut évoluer. Je me sens très proche de toi maintenant, à la fois sur le plan professionnel et en tant qu'homme. Très affectueusement. Bridget. Qui est Ken? Aaah ! c'est le comptable. Je ne l'ai vu qu'une seule fois et encore nous nous sommes engueulés parce que je lui avais envoyé ma déclaration de TVA en retard. Oh, mon Dieu ! il faut absolument que je trouve la liste. "

Page 410 : " Me préparais à sortir quand le téléphone a sonné. – Bridget, c'est Gary ! – Oh, salut ! ai-je roucoulé d'une façon hystérique. Où êtes-vous ? – En taule, où voulez-vous que je sois ? Merci pour la carte. C'était gentil. Très gentil. Ça me fait très plaisir. – Oh, ahahaha, ai-je ri nerveusement. – Alors, vous allez venir me voir aujourd'hui ? – Quoi ? – Vous savez bien, la carte... – Hum ? Ai-je fait d'une voix étranglée. Je ne me rappelle pas bien ce que j'ai mis. Vous ne pourriez pas... – Je vais vous la relire, d'accord ? a-t-il dit timidement. "