Laura Ingalls Wilder (1867 - 1957)

Publié le par Aneth

Laura Ingalls Wilder (1867 - 1957)

Little House on the Prairie – Ed. Française 1978 Flammarion, traduction Hélène Seyrès (Ed. originale 1935) - La Petite maison dans la prairie

Page 12 : «  Les volets, posés sur les fenêtres, empêchèrent la petite maison de les regarder partir. Elle demeura là, entourée de sa palissade, derrière les deux grands chênes qui, l’été, avaient offert à Marie et à Laura les toits verts sous lesquels elles avaient joué. »

Page 23 : « – J’veux camper maintenant ! J’suis si fatiguée ! s’écria Laura. Maman dit simplement : – Laura ! Ce fut tout, mais cela signifiait que Laura ne devait pas se plaindre. Elle n’osa donc plus gémir tout haut, mais elle se sentit toujours en révolte, à l’intérieur d’elle-même. »

Page 33 : « Tout au long de la route qu’ils avaient suivie depuis le Wisconsin, le pauvre Jack les avait accompagnés avec courage et fidélité, et voilà qu’ils l’avaient laissé se noyer. Il était si fatigué : ils auraient bien pu le faire monter dans le chariot. »

Page 63 : « Le vent chantait d’une voix grave en se jouant parmi les herbes. La stridulation des criquets vibrait à travers toute l’immensité des plaines. Un faible bourdonnement d’insectes montait de tous les arbres de la vallée. Et tous ces bruits se fondaient pour ne plus former qu’un profond, un chaud, un bienheureux silence. »

Page 80 : « Il portait de hautes bottes, une culotte bouffante rapiécée, un bonnet de fourrure de raton-laveur, et il crachait le jus de sa chique beaucoup plus loin que Laura ne l’aurait jamais cru possible. En outre, il touchait n’importe quelle cible. Laura s’exerça d’innombrables fois, mais jamais elle ne réussit à cracher aussi loin, ni aussi bien que M. Edwards. »

Page 87 : « Laissez donc passer le vieux Dan Tucker ! Qu’est en r’tard pour souper, depuis plus d’une heure ! L’souper est terminé, la vaisselle pendouille, On ne lui a laissé qu’une p’tite tranche de citrouille ! Le vieux Dan Tucker est parti pour la ville, Perché sur une mule, son chien au bout d’un fil…  La grande voix grave de papa et la petite voix aiguë de Laura portaient loin sur la prairie, et montant de la vallée, on entendait faiblement M. Edwards chanter une dernière fois. Laissez donc passer le vieux Dan Tucker ! L’est en r’tard pour souper depuis plus d’une heure ! »

Page 137 : « Tout au long de la route, les pieds-d’alouette sauvages secouaient leurs fleurs roses, bleues ou blanches, des oiseaux faisaient de l’équilibre sur les plumes jaunes des gerbes d’or et les papillons voletaient. Les pâquerettes étoilées éclairaient de leur présence l’ombre des arbres. Des écureuils babillaient dans les branches, des lapins à queue blanche sautillaient de part et d’autre de la piste et des serpents la traversaient en rapides ondulations, à l’approche du chariot. »

Page 139 : « Elles regardèrent les nèpes à longues pattes glisser à la surface de trous d’eau unis comme des miroirs. Elles coururent sur la berge pour faire peur aux grenouilles et rirent des plouf des grenouilles en habits verts et en gilets blancs. Elles écoutèrent l’appel des ramiers, porté d’un arbre à l’autre, et le chant des grives brunes. »

Page 157 : « [...] de temps à autre, un clou ressortait de l’épais chêne au moment où le marteau le frappait, et si Papa ne le tenait pas fermement, il volait dans les airs. Marie et Laura le suivaient alors des yeux dans sa chute et elles fouillaient l’herbe jusqu’à ce qu’elles l’aient retrouvé. Il arrivait qu’il soit gauchi. Papa, alors, le redressait avec soin. Il fallait à toutes fins éviter de perdre ou de gaspiller le moindre clou. »

Page 105 : « Leurs chants ne ressemblaient pas du tout à des berceuses. C’étaient des complaintes solitaires, lancées d’une voix aiguë, qui rappelaient beaucoup le hurlement des loups. Laura demeurait éveillée et écoutait ces mélopées que lui apportait la nuit. A distance, de véritables loups lançaient leur appel. Parfois le bétail meuglait. Mais les chants des cow-boys résonnaient toujours, montant, descendant, gémissant sous la lune. »

Page 227 : « Papa ne pouvait plus jouer du violon, le soir, tant les moustiques le piquaient. M. Edwards ne venait plus les voir à la veillée, parce que les nuées de moustiques étaient trop denses dans la vallée. Toute la nuit, Pet, Patty, le poulain, le veau et la vache tapaient du sabot et se fouettaient les flancs de la queue, dans leur étable. Et au matin, Laura avait le front piqueté de rouge. »

Page 233 : « Elle traversa toute la pièce en rampant sur le plancher pour atteindre le seau d’eau. Il ne restait plus qu’une petite quantité d’eau dedans. Elle grelottait à tel point qu’elle pouvait à peine attraper la louche. Elle s’en saisit pourtant, la plongea dans l’eau et entreprit de retraverser cet immense plancher. »

Page 271 : « Elles attendirent longtemps, très longtemps. Marie bâilla, puis Laura bâilla, et elles bâillèrent enfin toutes les deux. Leurs yeux, toutefois, demeuraient grands ouverts. Les yeux de Laura voyaient les objets devenir géants puis rapetisser. Il lui arrivait de voir deux Marie à la fois et à d’autres moments de ne plus la voir du tout, mais elle était bien résolue à demeurer debout jusqu’au retour de Papa. Soudain, un terrible fracas l’effraya. Elle se rendit compte que Maman la relevait : elle était tombée de son banc. »

 

age 318 : « – Je t’avoue que mes cheveux se sont tellement dressés sur ma tête que mon bonnet en a été soulevé, confia-t-il à Laura. J’ai détalé vers la maison comme un lièvre. »

 

Page 331 : « Laura [...] se percha sur le genou de Papa et lui martela la poitrine de ses poings. – Où l’as-tu mis ? Où l’as-tu mis ? Qu’as-tu fait de mon cadeau ? demanda-t-elle, sans cesser de le frapper. Papa partit de son grand rire qui rappelait une volée de cloches, puis il lui dit : – Tiens, c’est vrai ! Je crois bien qu’il y a quelque chose dans la poche de ma vareuse. »

 

Page 347 : « Toutes les bêtes sauvages de la prairie avaient su ce qu’il fallait faire. Elles avaient couru, volé, sauté ou rampé aussi vite qu’elles l’avaient pu jusqu’à l’eau qui les protégerait du feu. Seuls, les doux petits gauphres rayés s’étaient enfoncés profondément dans leurs terriers. Voilà pourquoi ils étaient les premiers à reparaître et à examiner la prairie dénudée et encore fumante. »

 

Page 356 : « Marie et Laura échangèrent un regard. Elles savaient qu’il était inutile de poser des questions. On leur dirait une fois de plus que les enfants ne doivent pas parler à table à moins qu’on ne leur ait adressé la parole. Ou que les enfants doivent être vus et non entendus. »

 

Page 362 : « Le hurlement de Jack s’achevait sur un grondement mêlé de sanglots. Carrie se remit à pousser des cris perçants. Papa s’essuya le front, tout en lançant un « Ouf ! » pour atténuer un peu la tension. – Je n’ai encore jamais rien entendu qui ressemble à ça ! avoua-t-il. Comment croyez-vous qu’ils apprennent à le faire ? demanda-t-il à la ronde, mais personne ne lui répondit. – Ils n’ont pas besoin de fusils. Ce hurlement suffit à faire mourir de peur n’importe qui, reprit-il. »

 

Page 367 : « Un jour, il s’endormit, la tête sur la table. Maman, Marie et Laura gardaient le silence pour le laisser dormir. Il était si las ! Moins d’une minute après, il s’éveillait en sursaut et disait d’une voix brève à Maman : – Ne me laisse jamais refaire ça ! – Jack montait la garde, objecta Maman d’une voix douce. »

 

Page 371 : « – Soldat du Chêne, tel est son nom, dit Papa. Il a discuté jour et nuit avec eux, jusqu’à ce que tous les autres Osages soient tombé d’accord avec lui. Alors, il s’est levé et il a dit aux autres tribus que si elles commençaient à nous massacrer, les Osages leur feraient la guerre. »

 

Page 375 : « Le nez et le front du cheval étaient libres ; il ne portait pas de bride. Il n’avait d’ailleurs pas la moindre pièce de harnachement sur lui. Rien qui pût l’obliger à obéir s’il n’en avait pas envie. C’était donc sans y être contraint qu’il trottait sur la vieille piste indienne, comme s’il eût aimé porter cet Indien. »

 

Page 390 : « Je ne resterai pas ici pour en être chassé par les soldats comme un hors-la-loi. Si certains de ces maudits politiciens de Washington n’avaient pas fait courir le bruit qu’on pouvait parfaitement s’installer ici, je n’aurais jamais pénétré de cinq kilomètres à l’intérieur du Territoire indien. »

Laura

On the Banks of Plum Creek – Même éditeur – Traduction : Catherine Cazier et Catherine Orsot-Naveau - 1985 (Ed. Or. : 1937) - Au bord du ruisseau Plum

Page 28 : « Laura était couchée dans son lit et écoutait l’eau murmurer et les saules soupirer. Elle aurait préféré dormir à la belle étoile, quitte à entendre les loups, plutôt que d’être bien en sécurité dans cette maison creusée sous la terre. »

Page 53 : «  Des lichens d’un gris vert aux franges ébouriffées poussaient là. Des processions de fourmis s’y aventuraient et, souvent, un papillon venait s’y reposer. Alors Laura regardait les ailes douces comme du velours s’ouvrir et se refermer, comme si le papillon respirait avec elles. Elle distinguait les minuscules pattes posées sur le rocher, les antennes frémissantes, et même les yeux ronds dépourvus de paupières. Elle n’essayait jamais d’attraper ce papillon. Elle savait que ses ailes étaient recouvertes d’un très fin duvet qu’on ne pouvait voir ; mais le simple fait d’y toucher aurait alors blessé le papillon. »

Page 64 : « Pete beugla et prit la direction du ruisseau, écumant de rage. Laura courut du plus vite qu’elle put pour essayer à nouveau de lui barrer la route. Mais Laura avait de petites jambes et Pete de longues pattes. Jack arriva lui aussi en courant le plus vite possible, mais il ne fit qu’énerver Pete qui se mit à galoper encore plus vite et se précipita tout droit sur le toit de la maison. Laura vit ses pattes de derrière s’enfoncer dans le toit. »

Page 71 : « Elle agita les bras, et ses pieds rebondirent sur la paille souple. Elle volait presque et s’élevait haut dans les airs. – Je vole ! Je vole ! cria-t-elle à Marie qui était restée en bas. Marie monta la rejoindre. – Saute ! Saute ! dit Laura. Elles se tenaient les mains et sautaient de plus en plus haut en faisant la ronde. Le vent soufflait, leurs jupes virevoltaient et leurs capelines se balançaient au bout de leurs brides. – Plus haut ! Plus haut ! chantait Laura en sautant. Soudain la paille glissa sous ses pieds et elle descendit la meule sur les fesses, glissant de plus en plus vite. Boum ! Elle atterrit par terre. Poum ! Marie tomba sur elle. Elles roulèrent en riant dans la paille craquante. Ensuite elles remontèrent en haut de la meule et se laissèrent à nouveau glisser en bas. Elles ne s’étaient jamais tant amusées. »

Page 77 : « ­ – Laura ! dit Papa d’une voix terrifiante. Répète-le, AVEZ-VOUS GLISSE SUR LA MEULE ? – Non, Papa, répondit Laura à nouveau. Et elle soutint hardiment le regard indigné de Papa, ne comprenant pas pourquoi il avait une telle attitude. – Laura ! dit-il. – Nous n’avons pas été faire des glissades, Papa, expliqua Laura, nous avons été rouler sur la meule. Papa se leva immédiatement et alla à la porte. Son dos fut secoué de tremblements. Laura et Marie ne savaient que penser. Quand Papa se retourna, son visage était sévère mais ses yeux pétillaient de rire.»

Page 85 : « On approchait de la fin novembre et il ne neigeait toujours pas ! – Je ne sais pas quoi penser de ce temps, dit Papa. Je n’ai jamais rien vu de semblable. Nelson dit que les vieilles personnes appellent un tel temps un temps de sauterelle. »

Page 141 : « Les rabots faisaient voler de longs copeaux bouclés sur les planches odorantes. Laura et Marie accrochèrent des petits copeaux au-dessus de leurs oreilles pour s’en faire des boucles d’oreilles. Elles en mirent autour de leur cou pour se faire des colliers. Laura en fixa dans ses cheveux et ils pendaient en longues boucles blondes, comme elle avait toujours désiré en avoir. »

Page 181 : « Laura s’approcha de plus en plus près de toutes ces paires d’yeux et soudain, sans y penser, en faisant balancer son seau qui contenait le déjeuner, elle leur cria : – Vous avez tous l’air d’une couvée de poussin des prairies ! Ils furent surpris mais ils ne l’étaient pas autant que Laura qui avait de plus terriblement honte. »

Page 243 : « On aurait dit un nuage de gros flocons de neige, minces et brillants. La lumière filtrait à travers chaque particule scintillante. Le vent ne soufflait pas. L’herbe ne remuait pas et l’air chaud était suspendu, cependant le bord du nuage se déplaçait plus vite que le vent. Les poils de Jack se hérissèrent. Tout à coup, il aboya après le nuage, puis gronda et glapit. Paf ! Quelque chose frappa la tête de Laura et rebondit sur le sol. Elle regarda par terre et aperçut la plus grosse sauterelle qu’elle eût jamais vue. D’énormes sauterelles brunes se mirent alors à sauter sur le sol tout autour d’elle, heurtant sa tête, son visage et ses bras. »

Page 248 : « Les deux poules et leurs poulets maladroits avalaient toutes les sauterelles qu’ils pouvaient. D’habitude, ils avaient beau allonger le cou et courir le plus vite possible après les sauterelles, ils ne parvenaient pas à les attraper. Mais cette fois, dès qu’ils tendaient le cou, ils en attrapaient une. Ils n’en revenaient pas. Le cou tendu, ils essayaient de courir dans toutes les directions à la fois. »

age 263 : « A l’aube, après le petit déjeuner, Papa les embrassa et partit. Une chemise et une paire de chaussettes de rechange étaient roulées dans sa vareuse qu’il mit sur son épaule. Juste avant de traverser le petit pont, il jeta un coup d’œil en arrière et leur fit un signe de la main. Puis, il poursuivit sa route sans plus se retourner. Jack se blottit contre Laura. »

Page 271 : « – J’aimerais boire de l’eau du puits, dit Laura. – J’aimerais avoir un petit glaçon, renchérit Marie. Laura ajouta : – J’aimerais être un Indien pour ne pas avoir à porter de vêtements. – Laura ! dit Maman. Et un dimanche encore ! Laura pensa : – C’est pourtant vrai. »

 

Page 287 : « Laura dut obéir à Maman. Elle regarda par la fenêtre et vit Anna sautiller en descendant la berge et balancer Charlotte en la tenant par un bras. […] Elle ne pleura pas mais elle avait le cœur brisé parce que Charlotte était partie. Papa n’était pas là et la boîte de Charlotte était vide. Le vent gémissait en passant dans les gouttières. Tout était vide et glacé. »

 

Page 294 : « Elles se précipitèrent en bas de l’échelle et se jetèrent au cou de Papa. Elles se lavèrent les mains, le visage et se jetèrent de nouveau à son cou. Elles se coiffèrent et sautèrent une nouvelle fois au cou de Papa. Jack frétillait de la queue en tournant sur lui-même et Carrie frappait la table avec sa cuiller en chantant : – Papa est revenu à la maison ! »

 

Page 324 : « Serrées les unes contre les autres, elles entraient à flots par la fenêtre de l’Est puis descendaient le long du mur et continuaient sur le plancher. Elles montaient aux pieds de la table, sur les bancs et sur la chaise haute de Carrie. Sous la table et sous les bancs, sur la table, sur les bancs et sur Carrie, elles marchaient vers l’Ouest. [...] Elles traversèrent le ruisseau et s’y noyèrent et celles qui se trouvaient derrière suivirent le même chemin et se noyèrent à leur tour jusqu’à ce que les sauterelles mortes eussent bouché le ruisseau, servant de pont aux suivantes. »

 

Page 377 : « Elles regardaient les boules de feu courir et soudain il n’y en eut plus que deux qui disparurent à leur tour. Personne n’avait vu où elles étaient parties. – C’est la chose la plus étrange que j’aie jamais vue, dit Maman. Elle était effrayée. Tous les poils de Jack se dressaient sur son dos. Il alla jusqu’à la porte, leva le museau et hurla. Marie se blottit sur sa chaise et Maman mit les mains sur ses oreilles. – Par pitié, Jack, tais-toi ! supplia-t-elle. »

 

Page 395 : « Son visage était maigre et ses yeux agrandis. Il s’assit en grelottant près du four et il expliqua qu’il avait seulement froid mais que ni ses oreilles, ni son nez, ni ses mains ni ses pieds n’étaient gelés. »

 

Page 412 : « Laura caressa la douce fourrure de la tête de Jack et elle lui gratta les oreilles. Puis elle serra sa tête entre ses deux mains d’un mouvement rapide et joyeux. Tout était si bien. Les sauterelles étaient parties et l’année prochaine Papa pourrait moissonner le blé. Demain, c’était Noël et on mangerait un ragoût d’huitres. Il n’y aurait pas de cadeaux ni de bonbons, mais Laura ne désirait rien et elle était si heureuse que les bonbons de Noël aient aidé Papa à rentrer sain et sauf à la maison. »

Grace

By the shores of Silver lake - Éd. Castor Poche Flammarion 1996 - Traduction Catherine Cazier et Catherine Orsot - Ed originale 1939. Sur les rives du Lac d'Argent

Page 36 : « – Un homme mince, avec des sourcils touffus, de longues moustaches et une pomme d’Adam proéminente, vient de passer. Le train va si vite qu’il n’arrive pas à marcher droit. Je me demande ce que… Oh, Marie ! Il tourne une petite poignée sur le mur au bout du wagon et de l’eau en sort. »

Page 54 : « Carrie ne voulait pas se plaindre. Une petite secousse, ce n’est rien du tout. Elles remarquaient à peine les quatre kilomètres de cahots quand elles allaient du ruisseau Plum à la ville. Mais c’était exténuant d’être secoué du lever du soleil jusqu’à midi, puis à nouveau jusqu’au coucher du soleil. »

Page : « Ils galopaient couchés sur l’encolure. Leurs cheveux flottaient au vent et leurs mains s’accrochaient aux crinières noires flottantes, tandis que leurs jambes brunes battaient les flancs des poneys. Les poneys se dérobaient et faisaient des écarts, se pourchassant dans la prairie comme les oiseaux dans le ciel. Laura ne se lassait pas de les admirer. »

Page 86 : « Ils vont entrer dans le soleil et chevaucher tout autour du monde. Marie réfléchit un moment avant de déclarer : – Laura, tu sais bien qu’on ne peut pas galoper dans le soleil. Ils galopaient sur la terre comme tout le monde. Laura n’avait pourtant pas l’impression d’avoir menti. Ce qu’elle avait dit était juste également. Quoiqu’il en soit, Laura n’oublierait jamais cet instant où le magnifique et libre animal et son sauvage cavalier avaient chevauché ensemble dans le soleil. »

age 154 : « D’est à l’ouest, du nord au sud, aussi haut que les yeux pouvaient voir dans le ciel volaient des centaines et des centaines d’oiseaux. A la tombée du jour, ils descendaient du ciel en nombre infini pour se poser sur les eaux du lac d’Argent. Il y avait les grandes oies grises, les barnaches, petites taches blanches au bord de l’eau imitant des flocons de neige. Il y avait aussi toutes sortes de canards ; les grands malards aux ailes chatoyantes mauves et vertes, ceux à tête rouge ou au bec bleu, les canards d’Amérique, les sarcelles et beaucoup d’autres, dont Papa ne connaissait pas les noms. Les hérons, les pélicans et les grues venaient également se poser sur le lac, tout comme les petits oiseaux des marais et les grèbes au bec bigarré, qui piquetaient l’eau de leurs corps noirs. »

Page 195 : « D’abord ! le talon puis la pointe, C’est comme cela qu’on pose le pied D’abord le talon, puis la pointe, C’est comme cela qu’on pose le pied, D’abord-le-talon-puis-la-pointe…  Il joua de plus en plus vite et elles pressèrent la cadence, et levèrent le pied de plus en plus haut, avançant, reculant et tournoyant jusqu’à être hors d’haleine d’avoir tant dansé et ri. »

Page 206 : « – Rentrons, dit immédiatement Laura, faisant demi-tour et entraînant Carrie. Je peux courir plus vite que toi ! Elle courut et glissa, courut encore du plus vite qu’elle put, et Carrie arrivait à la suivre. – Je l’ai vu moi aussi, balbutia Carrie toute essoufflée. C’était un loup ? – Ne parle pas, répondit Laura. Dépêche-toi ! »

Page 265 : « Quand M. Boast était arrivé à la fin de la chanson, il recommençait au début et ils le suivaient tous l’un après l’autre, comme s’ils avaient fait une ronde avec des paroles et de la musique. Trois souris aveugles ! Trois souris aveugles ! Qui couraient après la femme du fermier. Elle leur coupa la queue avec un couteau de cuisine. Avez-vous jamais entendu une telle histoire, l’histoire des trois souris aveugles ? Ils continuaient à chanter jusqu’à ce que l’un d’entre eux se mît à rire. Alors la chanson tournait court au milieu des fous rires et des rires étouffés. »

Page 304 : « L’agitation finit aussi vite qu’elle avait commencé. Un soir, papa, Maman, Laura, Marie, Carrie et Grace se retrouvèrent enfin seuls autour de la table du dîner. Une merveilleuse tranquillité régnait, tel le calme venant après la tempête ou une pluie bienfaisante après une longue sécheresse. »

Page 311 : « Même lorsque la nuit ramena le silence, Laura continua à se sentir entourée de toutes parts. Allongée aux côtés de Marie dans la sombre pièce aérée, elle fixait le rideau blanc et flou et écoutait le silence. Elle se sentait prisonnière dans la ville. »

Page 328 : « Seuls, les gens riches pouvaient dépenser une fortune pareille pour des chevaux. Elle se dit que si jamais un jour elle devenait riche, elle possèderait deux chevaux à la robe brune et luisante, à la crinière et à la queue noires. Elle laissa sa capeline flotter au vent, et s’imagina dans un chariot tiré par des chevaux très rapides. »

Page 338 : « Au pied de la petite colline, en contrebas de la cabane, des crocus sauvages piquetaient l’herbe nouvelle de bouquets jaunes et bleus, et partout, l’oseille sauvage déroulait ses petites fleurs roses au-dessus de feuilles luisantes. Laura se pencha pour en cueillir quelques-unes et, tout en marchant, elle grignota doucement les délicieuses petites tiges et les pétales un peu amers. »

Page 351 : « – Tu es trop grande, Laura, pour croire encore aux histoires de fées, dit gentiment Maman. Charles, tu ne devrais pas encourager une telle imagination. – Mais, ce n’est pas… ce n’est vraiment pas un endroit ordinaire, protesta Laura. D’ailleurs, sens comme ces violettes ont un parfum rare. – Elles embaument toute la maison, c’est certain, admit Maman. Mais ce sont de vraies violettes, pas des violettes magiques. – Tu as raison, Laura, ce ne sont pas des mains d’hommes qui ont façonné cet endroit, dit Papa. Mais tes fées étaient d’énormes et affreuses brutes avec des cornes sur la tête et une bosse sur le dos. Ce lieu est un endroit, autrefois fangeux, où se sont roulées des générations de bisons. »

 

 

The Long Winter – Ed. Castor Poche Flammarion, 1979 – Traduction de Catherine Cazier et Catherine Orsot – Ed. Originale 1940.

 

Page 12 : « Une multitude de petits papillons blancs voletaient au-dessus du sentier tandis qu’une libellule aux ailes diaphanes pourchassait un moucheron. Des petits chiens de prairie qui folâtraient parmi les tiges coupées coururent soudain se réfugier dans leur terrier. Une ombre passa rapidement et, en levant la tête, Laura aperçut les yeux perçants et les serres d’un faucon, mais tous les petits chiens de prairie se trouvaient à l’abri. »

Page 13 : « Un inoffensif petit serpent à rayures avança vers elle en ondulant parmi la forêt de brins d’herbe. Accroupie, le menton sur les genoux, Laura se sentit soudain aussi grosse qu’une montagne quand le petit serpent redressa la tête et contempla l’immense mur que formait sa jupe de calicot. Ses yeux ronds brillaient comme des perles et il remuait si vite sa langue qu’elle ressemblait à un minuscule jet de vapeur. Le petit serpent aux rayures brillantes avait un air avenant et Laura savait qu’il était tout à fait incapable de faire du mal et qu’il rendait même service aux fermiers car il mangeait les insectes qui détruisaient les récoltes. »

Page 34 : « Laura prêta l’oreille, cherchant à entendre le ronronnement de la faucheuse, mais seul le bruissement des herbes emplit ses oreilles. Les ombres intermittentes que projetaient les feuilles des herbes plus hautes qu’elle ne lui permettaient pas de se repérer par rapport au soleil. Le balancement des herbes ne la renseignait pas sur la direction du vent. Les herbes ne pouvaient porter aucun poids. Il n’y avait rien, vraiment rien qu’elle pût escalader pour essayer de se repérer. – Viens, Carrie, dit-elle pleine d’entrain car elle ne voulait pas l’effrayer. »

Page 43 : «  Ce spectacle merveilleux transporta Laura. Elle savait pourtant que cette gelée cruelle avait détruit les produits du jardin. Les pieds de tomates entremêlés, couverts de fruits rouges et verts, et les pieds de citrouille étalant leurs larges feuilles sur les jeunes boules vertes étincelaient de givre au-dessus de la terre gelée et craquelée. Les tiges et les longues feuilles de maïs étaient blanches. La gelée les avait tuées. Le givre ôtait la vie aux fruits de la nature mais embellissait la terre. »

Page 50 : « Laura avait les nerfs en pelote quand elle cousait. Elle avait envie de crier et ressentait des tiraillements dans le cou. Le fil se tordait et faisait des nœuds. Elle défaisait presque autant de points qu’elle en faisait. »

Page 69 : « Leur échine et leurs hanches pointues saillaient nettement et leurs pattes raidies restaient figées. Et, à la place de leur tête il y avait une grosse masse de neige qui semblait fixée au sol parmi le poudroiement de neige. Les cheveux de Laura se dressèrent sur sa tête et un frisson d’horreur parcourut son dos. Des larmes coulèrent de ses yeux effarés et irrités par le soleil et le vent, glissant le long de ses joues. Papa avança lentement contre le vent. Il marcha jusqu’au troupeau. Pas une seule bête ne bougea. »

Page 75 : « Tout autour de l’étable, des lapins de garenne gambadaient. – Ces canailles ont profité de notre foin pendant toute la tempête, dit Papa. Je devrais prendre mon fusil pour qu’on se régale d’un bon ragoût. Mais il restait à les regarder derrière la fenêtre sans faire le moindre geste vers son fusil. – Laisse-les partir, pour cette fois, supplia Laura. Ils sont venus là, car ils ne pouvaient faire autrement, il leur fallait trouver un abri. »

Page 78 : « – La terre n’est pas son élément, dit Papa, c’est un oiseau aquatique. Papa s’accroupit près de la fine lisière glacée du lac et, tendant son bras le plus possible, il posa délicatement le petit oiseau sur l’eau bleue. En un clin d’œil, celui-ci avait disparu. Au loin, petite tache noire parmi les plaques de glace, il allait comme l’éclair. – Il va très vite grâce à ses pieds palmés, qui l’aident à s’élever au-dessus de… Voilà ! il s’envole, s’écria Papa. »

Page 80 : « Le silence, plus puissant qu’aucun bruit, était plus terrifiant que le froid. Il pouvait couvrir le clapotis du lac et le vague et léger bourdonnement dans les oreilles de Laura. Dans le silence, il n’y avait pas un bruit, pas un mouvement et cette absence de toute vie le rendait effrayant. »

Page 82 : « – Je ressens moi-même une étrange impression, dit-il. Ce temps semble cacher quelque chose qui peut éclater à tout instant. Si j’étais un animal sauvage, je creuserais mon terrier le plus profond possible ; si j’étais une oie, je déploierais mes ailes et je m’éloignerais d’ici. Maman se moqua de lui : – C’est bien toi, l’oie, Charles ! Je n’ai pas vu un si bel été indien depuis longtemps ! »

Page 85 : « La couverture glissa le long de son épaule, découvrant son bras tanné et nu. Il fit un large geste en indiquant le nord, l’ouest et l’est, puis un geste circulaire englobant ces trois directions. – Grosse neige, grand vent, affirma-t-il. – Pendant combien de temps ? lui demanda Papa. »

Page 94 : « Personne ne savait combien son cœur battait et son estomac se nouait quand elle devait affronter de nouveaux visages. Elle n’aimait pas la ville. Elle ne voulait pas aller à l’école. C’était si injuste qu’elle dût y aller ! Marie voulait être institutrice mais elle ne le pouvait pas car elle était aveugle. Laura n’avait pas envie d’enseigner, mais elle devait le faire pour contenter Maman.»

Page 156 : « – J’ai gagné le blizzard de vitesse à un cheveu près ! dit-il en riant. Sam et David ont allongé le pas et sont arrivés ventre à terre juste à temps. Ce blizzard est déchaîné. »

Page 158 : « – Je ne faisais qu’accompagner l’air qui se joue dehors. Ils écoutèrent tous la mélodie sauvage des vents mais Maman les interrompit : – Nous allons probablement suffisamment entendre cet air sans que tu le joues toi aussi, Charles. – Je vais jouer quelque chose de différent, alors, approuva Papa. Que voulez-vous entendre ? – Un air qui nous réconforte, suggéra Laura. »

Page 166 : « – Ne vous inquiétez pas pour moi. Je sais combien de pas il faut faire pour traverser la rue et si je ne me heurte pas alors à une maison, je n’irai pas plus loin tant que je n’en aurai pas trouvé une. »

Page 210 : « – Vous êtes prêtes ? Toutes ensemble, maintenant, disait-il, droite, gauche, droite, gauche, en avant, marche ! Laura passait devant, tenant à la main le fer chaud enveloppé. Marie suivait, la main posée sur l’épaule de Laura. Carrie montait derrière elles, portant un autre fer. »

Page 242 : « Les cris de guerre s’évanouirent pour laisser place au murmure puis à la clameur montant de la meute de gens qui s’enfuyaient à grands cris, pourchassés par les hurlements belliqueux et féroces. Mais Laura savait que ces voix venaient des vents du blizzard. Elle remonta les couvertures au-dessus de sa tête et se boucha les oreilles de toutes ses forces, mais elle les entendait toujours. »

Page 254 : « Le petit moulin moulait le blé si lentement qu’il ne fallait pas cesser de moudre pour obtenir une ration de farine suffisante à la cuisson de chaque repas. »

Page 283 : « Cette locomotive, lancée à toute vitesse, s’était enfoncée dans le tas de neige. Sous l’effet de la vitesse et de la vapeur, la machine était bouillante, ce qui avait fait fondre en eau la neige alentour. L’eau se congela, et à l’intérieur de la locomotive, l’administrateur, prisonnier de sa tour de glace, attendait, plus furieux qu’un frelon. »

Page 297 : « – Tu ne veux pas dire que cette maison se trouve enfouie sous la neige ! s’exclama Maman. – Cela vaudrait mieux, répliqua Papa. As-tu remarqué qu’il fait plus chaud dans la cuisine, aujourd’hui ? »

Page 311 : « – Non, nous ne mourrons pas de faim […]. S’il le faut, Papa tuera Ellen et le veau. – Oh, non ! Non ! s’écria Laura. »

Page 336 : « Si le printemps n’arrive pas bientôt, mon nez atteindra la taille d’une trompe d’éléphant et j’aurai des oreilles pareilles à celles d’un éléphant, également. »

Page 347 : « Le Peuplier Solitaire était leur dernier repère. Bientôt, il disparut derrière les vagues de neige vierge. Il n’y avait pas de route ni de piste d’aucune sorte, nulle part. »

 

Page 365 : « Il n’y avait pas de nuage, pourtant elle se méfia de l’éclat trop vif du soleil. La prairie couverte de neige étincelait à perte de vue et semblait menaçante. Laura frissonna. »

 

Page 377 : « Almanzo tapait des pieds en marchant mais il sentait à peine le choc ; ses jambes étaient comme du bois, des genoux jusqu’aux orteils. Chaque muscle de son corps se raidissait douloureusement contre le froid. Il n’arrivait pas à relâcher cette tension qui contractait ses mâchoires et le faisait souffrir. »

 

Page 394 : « Hors du lit le matin, se hâter de descendre s’habiller près du feu. Puis, travailler toute la journée pour se glisser dans un lit froid, à la nuit tombante et tomber de sommeil, aussitôt réchauffée. L’hiver durait depuis si longtemps. Il ne se terminerait jamais. »

 

Page 404 : « – On peut manger de l’herbe ? demanda Carrie. – Non, Nabuchodonosor, dit Papa en riant, tu n’auras pas à manger de l’herbe ! Les équipes de travail à Tracy ont déjà dégagé plus de la moitié de la grande tranchée. »

 

Page 410 : « Il y a plus d’une famille qui n’a rien à manger, en ville. Nous avons dit à Woodworth d’ouvrir ce wagon ou bien que nous nous en chargerions. Il a essayé de nous apaiser en invoquant l’arrivée d’un autre train demain, mais nous n’étions pas d’humeur à patienter plus longtemps. »

 

Page 415 : « Les soies délicates accrochaient ses doigts rugueux et écorchés à force de tresser du foin, mais les belles couleurs chantaient ensemble comme un douce musique et ses doigts redeviendraient lisses et pourraient broder les minces feuilles, argent et or. »

 

Charles

Little town on the prairie – Ed. Castor Poche Flammarion, traduction Catherine Cazier et Catherine Orsot – Ed. Originale 1941.

 

Page 24 : « – Un deux trois quatre, dit Grace. Pourquoi Papa ? – Il y a une bonne raison à cela. Ecoute ! « Un pour l’étourneau, Un pour le corbeau, Deux pour les oiseaux, Deux autres, il nous faut. » »

Page 31 : « – Celui qui a trouvé cela ne connaissait pas l’Ouest, apparemment, leur dit Papa. Nous devons inventer des paroles mieux adaptées à la région dans laquelle nous vivons. Par exemple : « Un grain pour un rongeur, Deux grains pour deux rongeurs, Trois grains pour trois rongeurs, Quatre grains volés au semeur. »

Page 34 : « – Il y a une partie aussi grande que la paume de ma main complètement rasée. – J’ai porté la main à ma tête, reprit Papa, et j’ai saisi… quelque chose… – Quoi ? Qu’est-ce que c’était ? s’alarma Maman. – Je crois que c’était une souris, répondit Papa. »

Page 35 : « – Cela ne fait rien, le consola Maman. Tu n’as qu’à leur expliquer comment c’est arrivé. Il y a probablement des souris aussi, chez eux. – Nous aurons à discuter de choses autrement plus importantes, dit Papa. Non, il vaut mieux les laisser penser que c’est la façon dont ma femme me coupe les cheveux. – Charles ! Tu ne peux pas laisser croire cela ! s’exclama Mama avant de se rendre compte qu’il la taquinait. »

Page 64 : « Laura haïssait tellement les boutonnières qu’elle avait appris à les faire vite pour s’en débarrasser plus rapidement. »

Page 73 : « Les deux hommes, bras dessus bras dessous, poursuivirent leur route. « Laissons-les mugir… » Laura riait tellement qu’elle en pleurait. Elle vit la longue jambe déchirer dans un mouvement solennel la moustiquaire de l’épicerie Barker. M. Barker bondit dehors avec force protestations. Mais les longues jambes avançant à grands pas et les jambes courtaudes à la traîne passèrent noblement leur chemin. […] Puis ensemble, ils chantonnèrent, coassant comme des grenouilles : « Je suis saoul ! » Le grand ne chantait pas avec l’autre : « Je m’appelle Tay Pay Pryor », mais ils reprenaient comme un seul homme : « Je suis saoul ! » […] Laura se tenait les côtes de rire et elle ne put pas reprendre son sérieux quand Mme White déclara d’un ton cassant que cela était une honte ce que l’alcool pouvait faire aux hommes. […] Ce soir-là, Laura essaya de décrire l’équipée des deux compères afin que Marie pût se les imaginer, mais personne ne rit. […] Papa regarda Laura. Ses yeux pétillaient. Laura savait qu’il ne lui tenait pas rigueur d’avoir ri. »

Page 128 : « Elle prenait plaisir à ces activités au grand air et espérait secrètement que les travaux dans les champs lui donneraient l’occasion de retirer son corset. »

 

Page 133 : « Sous le soleil accablant, elles arpentèrent le champ en tous sens, courant et trébuchant sur les mottes de terre sans cesser de jeter des cris aigus et d’agiter leurs bras. La sueur inondait leur visage et coulait dans leur dos. Les feuilles de maïs sèches et rêches coupaient leurs mains et leurs joues. Elles avaient la gorge irritée à force de crier. D’incessants battements d’ailes fendaient l’air autour d’elles et les oiseaux qu’elles délogeaient se reposaient un peu plus loin. Il y avait toujours des grappes d’oiseaux accrochés aux épis et des becs pointus picotant avec acharnement le maïs. »

 

Page 145 : « – Le soleil se couche au milieu des nuages blancs et cotonneux qui bordent l’horizon, Marie. Leurs sommets sont pourpres et de grands voiles roses et or aux bords nacrés tombent du haut du ciel et forment un immense baldaquin flamboyant au-dessus de la prairie. Entre eux les pans de ciel sont vert émeraude. Marie s’arrêta. – Nos promenades me manqueront, dit-elle. Sa voie tremblait légèrement. – A moi aussi, dit Laura en avalant sa salive. Mais pense que tu vas enfin au collège. – Je n’aurais pas pu y aller sans toi, dit Marie. Tu m’as toujours aidée à étudier et tu as donné à Maman tes neuf dollars pour moi. – Ce n’est pas grand-chose, dit Laura. Je désirais seulement… - Si, c’est beaucoup, l’interrompit Marie. C’est énorme. »

 

Page 153 : « Elle s’assit sur le plancher et se frotta la cheville. Ses cheveux dépeignés se collèrent sur son cou en nage. Sa robe sale et trempée de sueur collait à sa peau et ses ongles étaient carrément noirs. Le visage de Carrie était moite de sueur et plein de poussière et des brins de foin pendaient dans ses cheveux. »

 

Page 156 : « - A partir de maintenant, nous mangerons du pain et nous boirons du lait pour ne pas salir les assiettes ! décida Laura. »

 

Page 187 : « A l’âge de Laura, les filles ne jouaient plus à ces jeux de garçon mais celle-ci aimait tant courir, bondir, rattraper le ballon et le lancer que, parfois, elle ne résistait pas à l’envie de se joindre à eux. »

 

Page 205 : « – Mlle Wilder, cria-t-elle, si vous désirez que ce siège bouge plus rapidement, je peux m’en charger ! […] le siège oscillait, martelant le sol en cadence, tandis que Laura s’arc-boutait pour le mouvoir et que Carrie restait assise sans rien faire. […] « Boum, BOUM ! Boum, BOUM ! » Plus personne ne pouvait étudier maintenant. «  Boum, BOUM ! Boum, BOUM ! » Mlle Wilder ne s’entendait même plus parler. »

 

Page 228 : « Elle lança à Laura un regard triomphant, plein de hargne. Sur sa chaise, Laura restait complètement abasourdie. Elle n’avait jamais songé que Mlle Wilder pût mentir. »

 

Page 242 : « « Oo-oo, Cappie ! » et au moment précis où elle allait s’emparer du sac de bonbons, Laura le lui arracha des mains, à sa grande surprise, et le remit à Marie. Tout le monde resta stupéfait, y compris Laura. Alors, le visage de Cap s’éclaira d’un immense sourire et il jeta un regard plein de reconnaissance à Laura, puis se tourna vers Marie. »

 

Page 252 : « Il sauta à bas du boghei sans lâcher les rênes, enleva sa casquette et offrit sa main à Laura pour l’aider à descendre. Laura n’avait pas besoin d’aide ; elle toucha à peine son gant du bout de ses moufles et retomba avec légèreté sur le sol. »

 

Page 267 : « Soudain cette répétition lui parut insupportable. Elle repoussa son livre et le posa sans ménagement sur la table. Papa et Maman sursautèrent et la regardèrent, interloqués. – Tout cela m’est égal, cria-t-elle. Je ne veux pas étudier, jamais de ma vie je ne voudrais enseigner ! »

 

Page 308 : « Des bruits de pas alertes résonnèrent dans l’escalier et Jim fit irruption dans la pièce, tout essoufflé. Il jeta sur eux un coup d’œil circulaire et demanda gravement : – Est-ce une réunion de Quakers ici ? »

 

Page 326 : « – Qu’as-tu fait de ta barbe ? cria Laura. Papa feignit la surprise et la perplexité et il demanda : – Mais qu’est-ce qu’elle a, ma barbe ? – Charles, tu vas me faire mourir… dit Maman sans pouvoir s’empêcher de rire. »

 

Page 349 : « En même temps qu’elle entendit une voix lui demander : «  Puis-je vous raccompagner ? » elle sentit une légère pression sur la manche de son manteau. »

 

Page 376 : « Le cœur de Laura se serra et elle fut prise de découragement. Parmi des inconnus, si loin de la maison, elle serait seule sans personne sur qui compter. Elle ne pourrait pas rentrer à la maison avant la fin du trimestre car il n’était pas question de parcourir une distance de vingt kilomètres matin et soir. »

 

Almanzo

These Happy Golden Years – Ed. Castor Poche Flammarion, traduction Marie-Agnès Jeanmaire – Ed. Originale 1943.

 

Page 15 : « – Bonjour, Madame, dit Laura d’un ton aussi enjoué que possible. – Allez donc vous déshabiller dans l’autre pièce, fut la réponse de Mme Brewster. »

Page 20 : « Au moins, rien ne m’empêche d’étudier », pensa-t-elle, mécontente. Elle se sentait aussi blessée, aussi chagrinée que si on l’eût frappée. »

Page 22 : « Laura ne bougeait toujours pas ; il lui semblait qu’en demeurant tout à fait immobile, elle pourrait empêcher le jour de paraître. »

Page 24 : « "Eh bien ! pensa-t-elle, voilà où j’en suis. J’ai peur de continuer, et pourtant, je ne voudrais pas retourner en arrière. Faire l’école est certainement moins pénible que de rester dans cette maison avec Mme Brewster ; en tout cas, ça ne peut pas être pire !" Puis elle se sentit prise d’une telle panique qu’elle dit à voix haute : – IL FAUT que j’y aille. »

Page 26 : « "C’est le bureau de la maitresse", pensa Laura, puis soudain, "Oh, mon Dieu ! c’est moi la maîtresse" ».

Page 38 : « Elle dit poliment bonjour, avec le sourire, mais ne put le garder. Elle réalisait, pour la première fois, qu’il fallait être deux pour faire un sourire. »

Page 46 : « Il lui sembla que le vent avait quelque chose d’extraordinairement argentin. Elle prêta l’oreille ; tous firent de même. Le ciel n’avait pas changé ; de bas nuages gris se déplaçaient rapidement au-dessus de la prairie balayée par la neige. L’étrange son leur parvint de plus en plus clair, semblable à une musique. »

Page 51 : « Pas un cahot, pas un à-coup ; le petit coupé volait au ras de la neige, pareil à l’oiseau dans le ciel. »

Page 54 : « – Bonjour ! s’écria Carrie, de son lit. Grace se leva d’un bond et cria : – Bonjour, Laura ! Lorsqu’elle pénétra dans la cuisine, Maman lui dit bonjour avec le sourire, et Papa qui rentrait de la traite lança avec bonne humeur : – Bonjour, tête de linotte ! Jamais, auparavant, Laura n’avait remarqué que le fait de dire « Bonjour », faisait que la journée était bonne. »

Page 59 : « – Oh, non ! ce n’est pas vrai ! s’écria Laura, indignée. Ce n’est pas du tout le cas. Il est venu me chercher pour rendre service à Papa. Mary se mit à rire. – Il doit avoir beaucoup d’estime pour ton Papa, dit-elle d’un air taquin. »

Page 79 : « Clarence ouvrit la porte, passa sa tête dans l’entrebâillement et cria à tue-tête : – V’là l’amoureux de la maîtresse ! »

Page 82 : « C’est ça, Laura, écoute ta Maman, approuva Papa, "prudente comme le serpent et douce comme la colombe". – Charles ! fit Maman. Papa reprit son violon et, l’air espiègle, commença à lui jouer : "Sait-elle faire les beignets d’c’rises, Billy boy, Billy boy ?" »

Page 86 : « Laura aurait voulu ne pas être obligée d’être la maîtresse ; Martha et elles avaient le même âge, et elles auraient pu être amies. »

Page 89 : « Ses yeux bruns pétillaient tout comme les yeux bleus de Papa, mais voilà, elle était la maîtresse ! »

Page 93 : « Les mots lui parurent atroces à mesure qu’elle les prononçait. Ils étaient durs, grossiers, odieux, et en même temps, elle réalisa soudain, avec horreur, ce que cela signifierait si Almanzo ne revenait plus la chercher. Il lui faudrait passer samedis et dimanches avec Mme Brewster. Après un moment de saisissement, Almanzo dit calmement : – Je vois. »

Page 96 : « Laura se dressa dans son lit. Les rayons de la lune ruisselaient au travers de la fenêtre, baignant son lit de lumière. Mme Brewster lança à nouveau un cri, un cri sauvage qui lui fit dresser les cheveux sur la tête. »

Page 103 : « – Vous n’pensez tout de même pas voyager par ce froid ? – Si, répondit-elle. Elle ne perdit pas une minute. »

Page 113 : « Croyez-vous que je sois du genre à vous laisser là-bas, chez les Brewster, alors que vous avez un tel cafard, tout simplement parce que je n’ai rien à attendre en retour ? – Mais, je… et Laura se tut. En vérité, elle ne s’était guère interrogée, à savoir quel genre de personne il était. »

Page 122 : « Leurs pieds délicats repoussaient la neige en parfaite cadence, et leur ombre bleutée courait à leurs côtés. Comme ils étaient gais à voir, encensant pour faire carillonner leurs clochettes, dressant leurs oreilles d’avant en arrière, humant la brise qui faisait ondoyer leur noire crinière ! »

Page 128 : « – C’est inutile de pousser, vous n’y arriverez pas plus vite, dit Almanzo à un moment. Elle éclata d’un rire joyeux quand elle constata, qu’en effet, elle poussait les pieds de toutes ses forces contre le garde-boue du coupé. »

Page 134 : « Pourquoi êtes-vous venu ? – J’ai pensé que vous changeriez peut-être d’avis en voyant tous ces gens passer, confia-t-il. Alors tous deux rirent en chœur. »

 

Page 178 : « Elle arrive à voir les couleurs quand elles sont assez vives, mais l’employé du magasin ne le savait pas. Nous avons pensé que ce serait drôle de lui faire une farce, alors Blanche me soufflait les couleurs, et lui croyait que nous arrivions à les distinguer rien qu’en tâtant. Au toucher, je me suis rendu compte que c’était une belle soie. Il s’est vraiment laissé prendre ! Et à ce souvenir, Mary se mit à rire. »

 

Page 193 : « C’est alors qu’ils étaient à table que Maman leur rappela que le lendemain était le quatre juillet. – Qu’allons-nous faire à ce propos ? dit-elle. – Je ne crois pas que nous puissions y faire quoi que ce soit, Caroline. Je ne vois aucun moyen d’empêcher que demain soit le quatre, la taquina Papa. »

 

Page 202 : « – Savez-vous qu’il n’y a pas un homme en ville, mis à part Cap, qui accepte de monter derrière ces poulains ? – C’est ce que dit Papa. – Alors pourquoi êtes-vous venue ? – Mais, j’ai pensé que vous étiez capable de les conduire, répondit Laura avec surprise. »

 

Page 203 : « – J’ai peur de te voir aller derrière ces chevaux, observa Maman comme Laura rentrait. Papa leva les yeux de son journal : – C’est à croire que Wilder cherche à te tuer, mais à voir la façon dont tes yeux brillent, j’ai l’impression que tu y prends plaisir. »

 

Page 227 : « Elle n’avait pas pensé qu’elle pût être une jeune dame ; mais bien sûr qu’elle en était une, avec sa chevelure ainsi relevée en chignon et ses longues jupes presque à ras du sol. Elle n’était pas certaine que cela lui fit vraiment plaisir. »

 

Page 232 : « Ce n’était pas à proprement parler une étreinte, mais il avait son bras contre les épaules de Laura. Elle eut un petit haussement d’épaules, mais Almanzo n’écarta pas son bras, aussi se pencha-t-elle en avant et secoua le fouet dressé dans son support sur le garde-boue. Les poulains firent un bond en avant et prirent le galop. – Oh, petit monstre ! s’écria Almanzo. »

 

Page 258 : « – Je finis par croire qu’il cherche à ce que tu te casses le cou ! s’indigna Maman, mais j’espère qu’il se le cassera le premier. »

 

Page 271 : « Laura savait qu’elles étaient plus en sécurité dans la cave, mais elle pouvait à peine supporter cette sensation de claustration, d’emprisonnement sous terre qu’elle éprouvait en étant là. Elle aurait voulu être au-dehors, dans le vent, auprès de Papa, à observer l’orage. »

 

Page 241 : « – Oh, Mannie, ces poulains sauvages sont si bien dressés ! Vous les avez si merveilleusement en mains ! roucoulait-elle en s’appuyant contre le bras d’Almanzo. Laura se pencha pour border davantage la couverture à ses pieds, et, tout en se redressant, laissa négligemment flotter le bout de la couverture au vent vif de la prairie. Les poulains quittèrent le sol d’un bond et prirent le galop. »

 

Page 286 : « Maman était satisfaite, mais Papa lui lança un regard pénétrant. Ce n’était pas un mensonge, elle avait dit la vérité, et elle ne pouvait pas leur dire comment elle avait conduit Barnum. Ceci leur donnerait du souci, et ils lui interdiraient peut-être de recommencer. »

 

Page 371 : « – Eh bien, moi je ne prononcerai pas ces mots-là, dit Laura. – Etes-vous pour les droits de la femme, comme Eliza, demanda-t-il, surpris. – Non, je ne tiens pas à voter ; mais je ne peux pas faire une promesse que je ne tiendrai pas, et, vous savez Almanzo, même si j’essayais, je ne crois pas que je pourrais obéir à qui que ce soit, envers et contre mes propres idées. »

 

Page 388 : « Le gâteau de noce lui-même prenait un goût de cendre dans sa bouche, car elle réalisait seulement qu’elle allait quitter la maison, que jamais plus elle n’y reviendrait pour y demeurer. »

 

Rose

The first four years – Ed. Castor Poche Flammarion, 1986 – Ed. Originale, 1971. Traduction d’Hélène Seyrès.

 

 

Page 24 : « Laura consentit donc à faire l’essai de cette existence durant trois ans. Elle aimait les chevaux, la liberté et les grands espaces de la vaste prairie où, dans les dépressions, le vent faisait éternellement ondoyer les hautes graminées vertes et où, sur les hautes terres vallonnées, il faisait bruire l’herbe à bison, courte et bouclée, verte au printemps, argentée et brune, l’été. Tout y était si parfumé, si intact encore. Au début du printemps, les violettes odorantes tapissaient les creux des étendues herbeuses et en juin, les roses sauvages de la prairie s’épanouissaient partout. »

 

Page 28 : « Almanzo comprit, car il couvrit la main de Laura avec l’une des siennes et il la serra. »

 

Page 38 : « Tous les hommes riaient, parlaient, se montraient très gentils, mais Laura était vexée de n’avoir pas fait assez cuire les haricots et de n’avoir pas sucré la tarte. Elle s’était tant hâtée, au moment où elle faisait ces tartes… Tout de même… Comment avait-elle pu être tout aussi étourdie ! La rhubarbe était tellement acide : la première bouchée avait dû être atroce. »

 

Page 44 : Laura se pencha sur l’encolure de Trixy, la toucha de sa cravache et imita, du mieux qu’elle le put, le hurlement sauvage du cow-boy. Trixy partit comme une flèche, laissant Fly loin derrière elle. Laura la fit ralentir, puis l’arrêta et elle attendit, un peu essoufflée, qu’Almanzo l’eût rattrapée. »

 

Page 62 : « Il y avait toujours Shep et le chat auprès d’elle et il lui semblait qu’elle prenait presque autant de plaisir à aller voir les chevaux et le bétail de son écurie qu’à se rendre chez les gens. Lorsque Trixy promenait ses lèvres sur sa main ou reposait son nez velouté sur son épaule, que Skip, ce coquin, fouillait dans sa poche à la recherche d’un morceau de sucre, elle sentait qu’elle était en compagnie de deux amis. »

 

Page 63 : « La vue des petits grains gonflés, qui coulaient à l’intérieur des sacs, donnait le vertige à Laura. Si elle détournait les yeux, elle ne pouvait détacher son regard des journaux dont on avait tapissé les murs de la cabane : elle en lisait et relisait les mots. Elle était irritée de voir que certains d’entre eux se trouvaient à l’envers, mais elle tenait tout de même à les lire : elle ne parvenait pas à penser à autre chose. Des mots ! Des mots ! L’univers était fait de mots et de grains de blé qui glissaient. »

 

Page 69 : « Laura ne se souciait pas trop des billets à ordre, mais l’hypothèque sur les chevaux lui faisait horreur. Une hypothèque sur Almanzo lui aurait presque fait le même effet. »

 

Page 74 : « Trois mille dollars de blé sur pied et cette averse, qui survient au moment de l’année où il ne faut pas. Laura se murmura : – « Les pauvres en ont… » – Que disais-tu ? demanda Almanzo. – Je disais simplement que les pauvres ont de la glace en été, cette fois-ci, répondit Laura. A deux heures de l’après-midi, le lendemain, les grêlons étaient toujours entassés dans les creux de terrain. »

 

Page 75 : « Laura avait parfois l’impression que la tête lui tournait. Il faut dire que cette dette inconnue de cinq cents dollars lui avait causé un choc. »

 

Page 93 : « – Si vous autres voulez bien me laisser emporter ce bébé pour le donner à Ellie, vous pourrez choisir le meilleur cheval qu’il y a dans mon écurie et le conduire chez vous. Almanzo et Laura étaient muets de stupéfaction, mais M. Boast poursuivit : – Vous autres, vous pourrez avoir un autre bébé, mais nous, non. Nous n’en aurons jamais. Almanzo rassembla les rênes, tandis que Laura protestait d’une voix entrecoupée : – Oh, non ! Non ! Partons  d’ici, Manzo ! »

 

Page 97 : « Le saint-bernard semblait croire qu’il avait reçu pour mission particulière de veiller sur Rose et où qu’elle fût, il se couchait autour d’elle ou s’asseyait tout près d’elle. […] Laura travaillait avec plaisir dans sa cuisine d’été, tandis que Rose et le grand chien noir jouaient ou dormaient sur le sol. »

 

Page 106 : «  Alamanzo, oubliant la mise en garde du médecin, s’était remis à travailler dur trop tôt. Par un matin froid, il faillit tomber en se levant : il ne pouvait plus se servir de ses jambes normalement. […] – C’est une petite attaque de paralysie, due à un surmenage, trop vite après la diphtérie, constata le docteur. »

 

Page 111 : «  La petite était si fatiguée d’avoir joué qu’elle dormait à poings fermés durant des heures. Laura et Almanzo prirent donc l’habitude de seller les poneys et de les monter sur la route qui passait devant leur maison. Ils galopaient sur huit cents mètres environ, vers le sud, puis revenaient, suivaient le demi-cercle de l’allée, devant la maison, faisaient une pause pour voir si Rose dormait toujours, repartaient sur huit-cents mètres vers le nord, regagnaient la maison pour jeter un nouveau coup d’œil  sur Rose, jusqu’à ce que poneys et cavaliers fussent prêts à s’arrêter. »

 

Page 125 : « Il y avait loin des scènes des légendes enchanteresses du temps passé, écrites par Walter Scott, à la petite maison perdue dans la Prairie, balayée par les vents de l’hiver ; mais un peu de leur magie et de leur musique demeura en Laura, car elle vécut le reste de la saison sans éprouver d’inconfort. »

 

Page 133 : « – Oh… oh… oh…, gloussa la petite, Barnum, il a fait comme ça ! Elle se laissa tomber dans le sentier poudreux et agita bras et jambes, en roulant sur elle-même plusieurs fois. Elle était si drôle que Laura ne put s’empêcher de rire, bien que la robe propre fût salie, le visage, les mains et les cheveux, couverts de poussière. […] Barnum était couché tout de son long dans sa stalle et Rose, assise près de lui, lui martelait le ventre de ses talons. Doucement, pour ne pas changer la position de son corps, le cheval leva la tête et regarda Laura. Celle-ci aurait pu jurer que Barnum lui avait fait un clin d’œil ! »

 

Page 135 : « La vie à la ferme, au milieu du bétail, des moutons malodorants, la cuisson des repas, la vaisselle, tout lui déplaisait alors. Oui, tout lui paraissait détestable, en particulier les dettes qu’il faudrait rembourser, qu’elle fût en mesure ou non de travailler. »

 

Page 144 : « Laura avait recommencé à travailler, trois semaines plus tard, quand un jour, le bébé fut pris de convulsions. Le médecin arriva trop tard pour le sauver. Laura vécut comme dans un brouillard les jours qui suivirent. Elle ne ressentait rien et ne souhaitait plus que se reposer. »

 

Page 146 : « Laura avait jeté un seau d’eau sur le foin qui flambait, mais sachant qu’elle n’était pas assez forte pour en pomper davantage, elle se saisit de sa petite boîte en verre, dans la chambre à coucher, prit Rose par la main, courut dehors et se laissa tomber sur le sol de la petite allée en demi-cercle, qu’avaient tracée les chariots. Elle appuya sa tête contre ses genoux et se mit à gémir, en sanglotant : – Mais qu’est-ce que Manzo va dire ! »

 

Page 151 : « Elle avait toujours une âme de pionnière et comprenait l’amour qu’éprouvait Almanzo pour cette terre, grâce à l’attrait que celle-ci exerçait sur elle… »

 

 

Publié dans Récits

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