Helen Fielding

Publié le par Aneth

Olivia Joules ou l’imagination hyperactive – Ed. Albin Michel 2004 – Traduction Françoise du Sorbier (Ed. originale : 2003)

 

Page 24 : « Elle avait raisonné en ces termes : Je n’ai que moi. Je vais me suffire à moi-même. Le reste, je n’en ai rien à cirer. Je vais trouver ce qui est bon pour moi et ce qui ne l’est pas. Je deviendrai une grande journaliste, une grande exploratrice, et je ferai des choses qui comptent. Je chercherai la beauté et l’aventure dans ce monde de merde, et je me ferai plaisir. Non mais. »

 

Page 29 : « Sentant une main sur son bras, elle sursaute. « Olivia ? » L’éternelle Melissa. « Mr Ferramo aimerait que vous acceptiez de venir à une petite soirée entre amis qu’il donne demain chez lui. » Olivia en a le souffle coupé. Le duvet de sa nuque et de ses avant-bras se hérisse. Brusquement, elle sait qui Ferramo lui rappelle. Oussama Ben Laden. »

 

Page 51 : « « Oh, c’est pas vrai ! » L’une des filles porte vivement une main à sa bouche. « J’ai le même tee-shirt. – Tu me fais marcher. – Exactement le même. – Tu l’as acheté où ? – Chez Gap. – Moi aussi ! Je l’ai acheté chez Gap. – Oh ! là ! lààà ! » Et les deux filles se regardent fixement, bouleversées par cette coïncidence quasi magique. Olivia se dit qu’elle doit intervenir avant que l’une d’elles n’explose sur le tapis blanc. »

 

Page 53 : « Il tend la main à Olivia en la regardant droit dans les seins. « Bonjour ma jolie. Je suis Alfonso Perez. Et vous… – Bonjour, Coco, Olivia Joules, dit-elle en regardant droit vers sa braguette. »

 

Page 57 : « Elle déteste les femmes qui font des effets de cheveux. Pour elle, c’est une marque de prétention particulièrement sournoise que de déguiser son orgueil capillaire et son désir d’attirer l’attention – genre « regardez comme on est belles, ma chevelure et moi » – en souci d’être bien coiffée, comme si on renvoyait ses cheveux en arrière simplement pour empêcher qu’ils ne retombent dans la figure. Dans ce cas, pourquoi ne pas utiliser une solution plus rationnelle, comme une pince ou un bandeau ? »

 

Page 60 : « Pendant une seconde, elle se sent seule et triste. Puis elle se ressaisit : elle n’est ni l’un ni l’autre. Elle est Olivia Joules. Qui a refusé de passer sa vie à préparer des œufs sur le plat au premier macho venu et à promener une poussette dans le centre commercial de Workshop. Elle s’est faite elle-même, et court le monde en quête de sens et d’aventure. »

 

Page 96 : « Tandis que Kimberley – coiffée d’une perruque à nattes brunes qui fait tout pour exalter la Cherokee qui sommeille en elle – se prépare à répéter ses répliques, Olivia se glisse hors de la pièce avec une étrange démarche à l’égyptienne, totalement inédite. Sans doute une expression spontanée et inconsciente de sa culpabilité et une façon de s’excuser de trouver le projet si minable. »

 

Page 108 : « Connor, l’expert de la contre-surveillance, se remet tant bien que mal à genoux, brandissant triomphalement le couvercle carré de la prise du téléphone avec l’expression satisfaite qu’affichent les techniciens du monde entier – as de l’informatique, moniteurs de plongée ou de ski, pilotes – lorsqu’ils ont découvert quelque chose que seul un autre technicien peut comprendre et qu’ils doivent l’expliquer à un profane. « C’est un MP 2.5 avec une puce. Il a dû lui falloir dix secondes s’il était équipé d’un DSR. »

 

Page 130 : « Elle se demande si le but de toute cette mise en scène n’est pas de la déstabiliser, de l’amener à se sentir menacée et terrifiée un moment, puis en sécurité et dorlotée le moment suivant. Comme quand on se fait épiler les jambes à la cire chez une esthéticienne volubile mais incompétente. »

 

Page 146 : « « Un billet pour la Ceiba, Honduras, demande-t-elle à la fille du comptoir. – Aller simple ou aller-retour ? – Aller simple », annonce-t-elle sombrement. »

 

Page 154 : « – No tiene importancia », dit-elle, ce qui n'est pas strictement vrai mais, comme toute bonne Anglaise, elle croit que la politesse est souveraine pour mettre de l'huile dans les rouages car, comme on dit dans le Guide des JeannettesSi tu veux pédaler comme une petite reine, N'oublie surtout pas de graisser ta chaîne ! »

 

Page 185 : « Rik réussit à donner l’impression qu’il arbore le sourire supérieur du technicien même lorsqu’il se trouve à vingt-cinq mètres de fond, avec un masque sur les yeux et un tuba dans la bouche. »

 

Page 189 : « Elle résiste à l’envie de filer à la verticale et se tourne pour voir si Rik la suit. Il sort de la galerie et fait signe du pouce et de l’index que tout va bien. Elle regrette qu’il n’y ait pas de signe pour « C’est pas grâce à toi, bougre de connard ». »

 

Page 197 : « Comment ai-je pu être aussi bête ? Miss Ruthie travaille pour Alfonso. Elle a sans doute empoisonné le gâteau à la banane et décapité Dwayne. Elle est aussi dangereuse que le petit nain maléfique à l’imperméable rouge dans  Ne vous retournez pas [film d’horreur]. Elle va surgir dans la cabine en costume de Petit Chaperon rouge et me couper la gorge. Qu’est-ce que je peux faire ? »

 

Page 206 : « D’accord, pense-t-elle, moi aussi je sais jouer à ce petit jeu-là. Elle se cale sur les coussins et lui rend son regard. Hélas, quelque chose dans ce concours impromptu titille son sens du ridicule. Elle sent le fou rire monter de son diaphragme, et éclater soudain dans son nez, si bien qu’elle est obligée de mettre la main devant sa bouche, secouée par une hilarité involontaire. « Assez ! » hurle-t-il en sautant sur ses pieds, ce qui la fait s’esclaffer de plus belle. Oh là là, elle s’est vraiment ramassée en beauté. »

 

Page 207 : « Olivia reste là, un sourire encourageant figé sur les lèvres comme lorsqu’on attend qu’un homme affreusement bègue réussisse à passer au mot suivant. »

 

Page 208 : « Elle s’assied, pensant qu’il l’a rapprochée d’elle, toujours comme le font les maîtres d’hôtel, mais il a mal contrôlé le mouvement, si bien qu’elle tombe dans le vide et s’écroule par terre. Elle manque éclater de rire, mais quand elle lève les yeux et qu’elle voit dans le regard de Feramo l’intensité de son humiliation et de sa rage, son envie de rire s’arrête tout net. »

 

Page 211 : « Lorsqu’il se retourne pour choisir la deuxième bouteille, elle remet rapidement une cuillerée de chèvre dans le plat de service et vide son verre dans la terre du figuier. »

 

Page 240 : «  – Vous avez passé beaucoup de temps à apprendre comment interroger les gens? demande Olivia. On vous a dit que le meilleur moyen de les rendre coopératifs, c'était de les exaspérer? »

 

Page 243 : « tous les indices, toutes les théories, tous les fantasmes et les soupçons les plus fous des deux dernières semaines lui tournent dans la tête comme du linge dans le tambour d’une machine à laver. »

 

Page 256 : « – C’est une ordure, un minable qui mange à tous les râteliers, et qui n’a pas plus de scrupules qu’une pute de bas étage. »  Elle entend un toussotement au fond de la pièce. Le professeur Widget examine attentivement ses ongles pendant qu’une silhouette se lève dans une des cabines à ordinateur, une silhouette familière, vêtue d’une façon qui ne l’est pas. »

 

Page 264 : « – Parce que tu avais mis un mouchard dans le figuier en pot de Feramo ? demande Olivia. – Dans son cactus aussi. Et dans le tien, puisqu’on en parle. – Et vous avez mis un pull sur l’un, un verre de Cristal dans le deuxième et du bordeaux blanc dans le troisième, intervient Widgett. Du louis-jadot 96, non ? demande Widgett. – 95, rectifie Olivia. – Ça a dû vous faire mal au cœur de le jeter ! – Ne m’en parlez pas. »

 

Page 310 : « Les exploits équestres d’Olivia se sont à ce jour bornés à quelques minutes de petit galop dans le cadre de randonnées à dos de poney. […] il ne lui reste plus un millimètre de jambe qui ne soit horriblement endolori. Les Mohamed, sobres comme des chameaux, ne semblent avoir besoin ni de manger ni de boire. Elle a quant à elle avalé trois barres céréalières depuis l’aube. Malgré tout, elle est sensible au côté aventureux de son expédition. Elle n’est pas près de galoper de nouveau ainsi, en plein Sahara, seule avec deux Rashaidas, sans avoir à subir les guides pour touristes, les Jeep de chez Abercrombie & Kent, les Allemands obèses et les gens qui essaient de vous vendre des gourdes et vous demandent de payer pour les regarder danser. »

 

Page 364 : « « Voyons, mon lapin, ne soyez pas ridicule. C’est juste un effet de votre imagination délirante. » »